Libreville (Rép. Gabonaise), le 10 avril 2020- Le Secrétaire général de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale(CEEAC), son Excellence Ahmad Allam-mi a présidé ce vendredi 10 avril 2020 au siège du Secrétariat général la deuxième réunion de crise sur le COVID 19 axée essentiellement sur les impacts de la pandémie au sein de la Communauté.

La réunion a enregistré la participation des Secrétaires généraux adjoints et des cadres désignés en rapport avec la thématique inscrite à l’ordre du jour, dans le strict respect des mesures gouvernementales gabonaises limitant le nombre de participants aux réunions à 10.

Le Secrétaire général adjoint en charge des questions de paix et sécurité s’est excusé.

La réunion a comporté six (06) temps forts articulés autour des axes ci-après :

  • Le mot introductif de SEM le Sg de la CEEAC
  • L’évaluation des mesures issues de la première réunion de crise sur le COVID-19
  • L’état des lieux sommaire de la Communauté
  • Les impacts projetés dans les Etats membres
  • Les offres d’appui des partenaires internationaux et les éventuels contacts à entreprendre comme mécanismes de leur mobilisation
  • Les directives de SEM le Secrétaire Général de la CEEAC
  • Divers
  1. Le mot introductif de SEM le SG de la CEEAC

Dans son propos introductif, SEM le Secrétaire Général de la CEEAC a tenu d’emblée à préciser qu’il avait diligenté la première réunion de crise au lendemain de l’annonce des premiers cas du COVID-19 en République Gabonaise pour des dispositions idoines au sein du Secrétariat général de la CEEAC.

Empêché en respect des mesures des autorités gabonaises d’auto-confinement applicables aux résidents fraichement retournés de l’étranger spécifiquement des zones touchées par le virus COVID-19 ; étant retourné d’une mission aux Etats Unis et ayant ainsi observé les 2 semaines requises d’observation à domicile, le SG/CEEAC avait placé cette première réunion sous la présidence du Secrétaire général adjoint en charge des Programmes, Budget, administration et Ressources Humaines.

Il a poursuivi en soulignant l’importance qu’il attachait à cette deuxième réunion de crise tant en termes d’analyse et de formulation des propositions concrètes susceptibles d’impulser l’action du Secrétariat général appelé à accroître sa communication et sa visibilité à l’instar d’autres institutions qu’en termes d’adéquation à l’action déjà amorcée par l’Union africaine.

Il a enfin invité les participants à circonscrire leurs interventions dans le strict cadre des thématiques de la réunion afin de respecter le timing imparti à toute réunion par les autorités locales.

  1. Evaluation des mesures issues de la première réunion  

COVID CEEAC 550 02Les participants ont passé en revue les principales mesures arrêtées lors de la première réunion stratégique de crise tenue le 17 mars 2020 et ont noté notamment ce qui suit :

  • S’agissant de la désignation d’un cadre du Secrétariat général devant participer aux réunions nationales sur la santé, les participants ont pris acte de la réponse du Ministère des Affaires étrangères qui situait ces réunions aux structures internes du pays ;
  • En ce qui concerne la mise en place d’une équipe interne de suivi de la pandémie sur le COVID-19, les participants ont salué la sensibilisation sur les mesures barrières à la propagation et la fourniture en équipements y relatifs mais ont déploré l’absence des propositions concrètes sur les impacts à en attendre au plan économique, social, paix, sécurité etc ;
  • Sur la mise en place d’une équipe multidisciplinaire chargée de préparer l’organisation d’un Conseil des Ministres, il a été indiqué que l’équipe a déjà tenu deux réunions dont l’une en mode visioconférence et a déjà élaboré une première mouture des termes de référence dudit Conseil. Les participants ont été informés de l’indisponibilité du chef de Service Santé, pourtant pièce maîtresse de ladite équipe pour cause d’hospitalisation ;
  • Sur le principe d’un travail à domicile au sein de l’Institution, la mesure a été effective depuis le 19 mars 2020 pour une durée initiale de 2 semaines et a été à nouveau prolongée ;
  • Sur la suspension des missions à l’étranger, les participants ont constaté la tenue des réunions internationales par visioconférence et surtout la quasi-totalité de confinement des partenaires de la CEEAC. A ce sujet, le Secrétaire Général de la CEEAC a informé les participants de la mise en place d’une « task force » ad hoc au sein de l’Union Africaine à laquelle la CEEAC fait partie. Malheureusement, l’arrivée tardive de l’invitation à la dernière réunion n’a pas permis d’y prendre part.
  1. Etat des lieux

En l’absence des données statistiques, les participants ont plutôt procédé à dresser un état des lieux sommaire et empirique couvrant quelques secteurs / domaines d’intérêt communautaire à titre indicatif:

  • Situation générale dans la sous-région

Les participants ont fait le constat de différentes mesures prises par les Etats membres mais au niveau national de chaque Etat membre.

Ils ont reconnu que certains Etats appartenant à d’autres communautés disposent des mécanismes spécifiques dans le cadre desdites communautés. C’est ainsi que l’exemple de la CEMAC a été épinglé dans la mesure où cette Communauté qui regroupe déjà Six (06) Etats membres de la CEEAC sur les onze, dispose déjà d’un plan commun de riposte susceptible d’être élargi aux cinq (05) autres pour en faire un plan de la CEEAC. C’est à ce titre que le Ministre des Affaires Etrangères du Gabon a évoqué l’éventualité d’un Conseil des Ministres du secteur de la Santé et des Affaires Etrangères, ce qui a conduit à la mise en place de l’équipe multidisciplinaire au sein du Secrétariat général de la CEEAC.

  • Situation dans le domaine de paix et sécurité

Les participants ont noté le risque élevé des tensions voire des conflits surtout au niveau des populations vulnérables suite aux mesures de confinement qui les asphyxient, les stressent et les angoissent.

Ces tensions sont susceptibles de conduire à des troubles sociaux et même politiques du fait des engagements souscrits par les différentes autorités dans les Etats membres et susceptibles de conduire à un effritement de confiance entre les populations et les dirigeants en cas de non réalisation

  • Situation sur le plan financier,

Les participants ont mis l’accent sur la baisse drastique et sans précédent des prix du pétrole sur le marché international, principal produit d’exportation des Etats membres de la Communauté avec la conséquence de réduction des budgets nationaux.

  • Situation sur le plan économique

Les participants se sont rendus à l’évidence du caractère extraverti des économies des Etats membres de la Communauté. Pire, les mesures de confinement en cours ont tendance à étouffer l’économie informelle et à réduire davantage la capacité de résilience des Usines locales déjà fragiles.

  • Sur le plan social,

Les participants ont fait un état des lieux à deux niveaux. Sur le plan de la santé, ils ont déploré le déficit d’équipements adéquats pour faire face aux cas graves de la maladie et de l’absence des usines de production pharmaceutiques dans la sous-région.

Sur le plan alimentaire, ils ont considéré les principaux produits de consommation des populations qui proviennent pour la plupart, des pays actuellement touchés par la pandémie. Ce qui comporte d’énormes risques à différents points de vue.

  1. Impacts projetés dans les Etats membres

Devant ce tableau difficile, les participants ont esquissé quelques impacts plausibles de la situation provoqués par la pandémie du COVID-19 sur la communauté et ont exprimé leurs inquiétudes sur des faits ci-après :

  • L’attention trop soutenue aux problèmes de la pandémie comporte le risque de perdre de vue les menaces terroristes diverses en cours et les conséquences néfastes qui en découleraient;
  • L’interdiction de regroupements est susceptible de conduire aux reports éventuels des élections là où des processus électoraux sont en cours ;
  • La restriction des libertés individuelles peut facilement entraîner une violation des Droits Humains,
  • Le Confinement trop prolongé peut provoquer des violences domestiques et conjugales,
  • Il convient de s’attendre à une baisse de la production mondiale des biens et services susceptibles de provoquer une implosion de la situation sociale ;
  • La fermeture probable des petites et moyennes entreprises locales accentuant davantage le chômage et exposant les jeûnes à diverses tentations ;
  • Le manque de réalisation des projets nationaux consécutivement à la réduction des budgets nationaux ;
  • La famine dans les Etats du fait d’absence des produits alimentaires de consommation courante…
  1. Les offres d’appui des partenaires internationaux

Les participants ont été informés de différentes offres d’appui de la Communauté internationale et ont émis d’en dresser un inventaire ainsi que les modalités pratiques d’accès aux ressources prévues.

Ils ont de ce fait préconisé l’élaboration et l’adoption d’un plan stratégique communautaire de réponse ou de riposte en vue d’accompagner les Etats membres dans le but d’atténuer tant soit peu les effets néfastes de la crise.

Dans cette perspective, les participants se sont résolus à s’inspirer des expériences d’autres institutions pour approfondir la réflexion dans un cadre beaucoup plus étendu à élargir aux Etats membres s’il y a lieu en vue notamment de prévoir des couloirs humanitaires entre les Etats et de faciliter ainsi la tâche aux Etats membres.

  1. Directives du Secrétaire Général de la CEEAC

De tout ce qui précède, le Secrétaire Général a donné les directives ci-après :

  • Sur le plan interne du Secrétariat général de la CEEAC :
  • Rendre plus dynamique le comité de suivi des mesures sanitaires au sein du Secrétariat général de la CEEAC ;
  • En appui aux Etats membres de la Communauté
  • Mettre en place un groupe de travail sur la stratégie de riposte du virus COVID-19 et ses impacts ;
  • Ce groupe sera placé sous la présidence du Secrétaire général adjoint en charge de l’intégration socio-culturelle et co-présidé par le Secrétaire général adjoint en charge de l’intégration physique, économique et monétaire ;
  • Le Conseiller économique et coopération en sera le rapporteur et en assumera les fonctions de coordination technique ;
  • Il sera assisté dans cette tâche par le Chef de Service Santé ;
  • Le groupe veillera à mobiliser ses membres et à créer en son sein des sous-comités en charge des questions ci-après :
  • Sous- Comité en charge de la santé ; des affaires sociales et humanitaires ;
  • Sous-Comité en charge des affaires économiques et financières avec un accent particulier aux questions de commerce et d’agriculture ;
  • Sous-Comité en charge des questions de paix et sécurité ;
  • Sous-Comité d’appui et de soutien logistique à l’ensemble du groupe de travail.  

Après avoir épuisé les points à l’ordre du jour, les participants ont été informés de la poursuite des préparatifs de la Session ordinaire du Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté et des mesures idoines ont été prises pour garantir la production des documents prévus à cet effet.          

En guise de conclusion, SEM le Secrétaire général de la CEEAC a insisté sur le rôle primordial que doit jouer le Secrétariat général de la CEEAC dans la recherche d’une approche communautaire de riposte devant la tendance qui s’observe où chaque Etat membre s’emploie à régler seul ses problèmes quand bien même il reste entendu qu’aucun Etat ne pourra y parvenir de manière esseulée.

Il a renouvelé la stricte observance des mesures barrières, remercié les participants pour les réflexions partagées et a décidé de reconduire le principe de travail à domicile pour une durée supplémentaire de deux semaines.

Commencée à 11h10, la séance a été levée par le Secrétaire général de la CEEAC à 12h20.

                                                                                                       Le Cabinet du Secrétaire général de la CEEAC